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15 H 10
" Ca vous dirait de m'habiller ? " |
Chaque
soir sur Skyrock, il te nettoie les
oreilles et la cervelle. Tu le hais.
Tu l'aimes. Tu voudrais lutter.
Mais chaque fois,
tu y reviens. Il a bien voulu
causer avec nous. En plein
jour. Attention : c'est aussi
fort qu'en pleine
nuit. |
Maurice.
Ca vous dirait de m'habiller ? Vous avez une carte bleue, non? Ouai,
bon ben d'accord, on va faire les magasins tous les quatre et vous
me choisissez de nouvelles fringues.
Morgane.
Genre "Pretty Woman"..
Sonia.
On va te déguiser en drag-queen.
Maurice.
Ah non!
XL.
Tu sais, les drag-queens, au naturel, ils ont ton look : métis,
les cheveux attachés derrière...
Maurice. Attends,
mais... Ce mec est en train de m'expliquer en gros que je suis une
drag-queen ! |
| 14
H " Pourquoi vous m'avez amené
là ? " |
15
H 17 " Un après-midi
avec l'Eculé. " |
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Maurice a demandé
aux filles de l'amener dans
un lieu bien à elles. Elles ont choisi une salle
de concert, l'Arapaho, à Paris. Rendez-vous à
l'entrée. En noir, sur sa moto une “ 3 pattes
900 ”, comme il dit , Maurice a l'air de sortir d'un film.
Maurice.
Pourquoi vous m'avez amené là ? |
Une salle “ rock ”, ça
veut rien dire, ce n'est pas la salle qui est “ rock ”, ce sont
les groupes qui y louent qui lui donnent une image “ rock ”. Si
demain un mec fait venir des super groupes à l'Opéra
Bastille, vous n'irez pas?
Sonia.
Si Si... Mais c'est moins chaleureux.
Maurice.
Chaleureux I Quatre cents personnes
collées dans cent mètres carrés,
tu penses que c'est chaleureux ?!
Morgane.
T'as le droit de ne pas aimer la foule.
Maurice.
j'ai le droit.
| 15
H " Ma vie, c'est comme
à la radio " |
Un bar du XIIIe
arrondissement. Maurice et les filles apprennent à
se connaître.
Dans la vie, il a la même voix qu'à la
radio.
Sonia.
On est un peu des privilégiées d'être
avec toi en vrai, non ? C'est mieux qu'au téléphone.
Maurice.
La seule différence avec l'émission,
c'est qu'on a plus de temps. Sinon, c'est pareil.
Un mec qui m'appelle à l'antenne ou qui vient
me parler dans la rue, de toute façon, il entre
dans mon univers. Ce qui se passe dans |
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ma vie de tous les jours,
c'est comme à la radio. A partir du
moment où le mec vient me parler, il vient chez moi.
Il faut qu'il se fasse à mon rythme. Si un mec veut
me dire quelque chose dans la rue et que je marche, il va
avancer à son tour. A mon rythme. Et si moi, je veux
te parler, je suis obligé d'entrer dans ton univers
et de prendre ta vitesse. Si tu entres dans un magasin,
je te suis. Vous êtes mimi, vous êtes marrantes,
j'ai envie de vous donner du temps. Tant que vous ne dîtes
pas de conneries, ça va.
Morgane.
Qu'est-ce qu'il ne faut pas dire ?
Maurice.
Rien ! Dis ce que tu veux, y a pas
de régIe. Je suis pas moins, ni plus que toi, Je
suis pareil. (il se marre) Sauf que j'ai pas de seins
Ce que je regrette, sinon je resterais chez moi à
me toucher les seins... |
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Maurice.
Tu pourras mettre en titre : "Un après
midi avec deux boudins."
Sonia.
Ou plutôt: "Un après-midi
avec un enculé"
Maurice.
Avec "l'Enculé", E majuscule
Morgane.
T'as jamais embrassé un boudin, peut-être ?
Maurice.
Si, c'est bon pour mon image. (tout le monde rigole) |
| 15
H 29 " Elle a des seins immenses
! " |
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Maurice
s'arrête de parler pour mater une jolie fille
qui passe
dans la rue.
Maurice.
Oh, mais elle est vraiment mignonne,
celle-là... Dommage qu'elle ait des grosses
jambes. |
Sonia.
Elle a des grosses jambes, elle ?
Maurice.
Ben ouais, elle a des grosses jambes.
Sonia.
Allez, viens Morgane, on se casse
!
Maurice.
Moi, j'aime plutôt les minces,
pas les maigres: les minces
Morgane.
Elle est où la différence
?
Maurice.
Maigre, c'est le moment où la structure métallique
passe devant l'étoffe.
J'aime bien les nanas qui ont la fjambe un
peu sportive. Je ne suis pas fanatique des gros seins, mais
des filles bien proportionnées, avec le sein ferme.
Dès que le sein commence à couler
comme ça, à tomber sous le sous-tif, le sein
pas courageux, ça me fout des hauts-le-coeur.
Chez les filles, j'aime les seins et les yeux.
Surtout le regard. La façon dont les filles te regardent...
(Il fait un peu chaud, Sonia enlève
son pull marin. Maurice s'écrie) Ah putain ! Elle
a des seins immenses, j'avais pas vu. Elle a des seins immenses
! C'est vraiment dommage que son sous-tif lui serre les
seins, on dirait un polochon, non ? Ca fait rêver
des grands seins comme ça
Sonia.
Des gros seins, pas des grands seins...
Maurice.
Si, moi, je dis des grands seins (carrément hilare)
Attends, mais cet enculé enregistre tout !
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| 15
H 42 " Ton truc, avec les filles
? " |
Morgane.
C'est quoi ton truc infaillible pour
séduire les filles ?
Maurice.
J'ai pas de truc infaillible ! Quand je vois une fille qui
me plaît...
Sonia.
Les jambes musclées et le sein
ferme...
Maurice.
Soit j'y vais fort, je me lève
et je lui dit : "Bonjour, tu me plais." Ben oui, c'est la
vérité. Alors, la fille dit "Ah merci"
et elle se casse, ha ha ! Soit j'y vais super fort
"Salut, est-ce que faire l'amour maintenant, tout de suite,
tu le sens, ou lu préfères qu'on se revoit
?" Et ça marche. Mieux que le mec qui s'assied à
côté d'elle et qui dit: "Ça va ? Tu
aimes l'avenue d'Italie ? Sympa, non ? Pour un mercredi,
ça circule beaucoup, hein ?" |
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| 16 H "Avec
la moto, t'as des sensations. " |
20 H
" Je n'ai pas changé. " |
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Au fond d'une impasse ou Kremlin-Bicêtre,
un atelier où on répare les motos. C'est le lieu
qu'a choisi Maurice, " son univers ". La pétoire, comme
il dit, c'est sa passion. Il nous présente sa préférée,
bien protégée
sous un drap : sa " Magic Machine ", "
sa 4 pattes 1100 ", dont il n'a pas hésité à
booster le moteur. Quand il a un coup de blues, il vient la
faire vrombir et colle sa main au pot d'échappement pour
sentir sa puissance. Ensemble, ils ont fait le Maroc et eu quelques
accidents. Au fond, d'immenses enceintes permettent de balancer
de la musique le samedi soir, quand l'atelier devient un rencard
de motards.
Morgane.
Pourquoi tu nous as amenées ici ?
Maurice.
Je vais te dire, p'tite. S'il y a bien un truc que je déteste,
c'est les concessionnaires. Tu arrives pour faire ton niveau
d'huile, le mec disparaît avec ta bécane, t'entends
" meuum-vmmmmeum ", le mec revient et c'est mille balles. Ici,
ça se passe pas comme ça : tu vois tout... Et
puis c'est ouvert le samedi jusqu'à 22 heures ! Ce n'est
pas le rendez-vous des bikers, hein : c'est pour les mecs qui
aiment bien la moto.
Morgane.
Tu ne préfères quand même pas les motos
aux nanas ?
Maurice.
Si. Avec les motos, tu as des sensations, c'est sûr. Avec
les nanas, parfois... En plus de ça, les motos ne m'ont
jamais proposé de mettre leur brosse à dents dans
la salle de bain. J'aime bien me réveiller tout seul,
vois-tu ? Et dormir dans des draps à l'ancienne, après
une bonne douche froide, à poil et les cheveux détachés.
Et avant de me coucher, parfois, vers six heures du mat', je
me prépare un petit magret grillé. C'est extra.
XL.
Tu t'en méfies, des nanas qui débarquent à
Skyrock pour te voir avec une brosse à dents dans le
sac?
Maurice.
On a prévu. A l'entrée de la station, il y a un
scanner comme dans les aéroports. Un mec regarde l'écran,
la nana entre dons la machine, Si elle a une brosse à
dents, elle tombe dans une trappe. Il y en a là-dedans
qui ont quarante ans, les cheveux hyper-longs, et qui attendent
qu'on vienne les chercher. Et après on les revend ou
Maroc ! (il est mort de rire) Si tu mets ça dans ton
truc, je viens foutre le feu à ton journal !
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On s'installe au Lescot, le
bar des fans du jeu de go. Au moins, là, personne ne
reconnaît Maurice. On évoque enfin l'émission...
Sonia. Je
t'écoutais il y a quelques années, tu as complètement
changé.
Maurice.
En 1994, au standard, sur 100 mecs qui me causaient, 90 me balançaient
" Je t'encule, j'encule ta mère, pauvre con... " Des
gars répandaient " Maurice, c'est un gladiateur, on l'appelle
pour se battre avec lui. " Aujourd'hui, l'attitude des gens
n'est plus du tout la même. Les mecs appellent soit pour
avoir un contact, soit pour discuter. Moi, je suis toujours
le même. Je ne suis pas un produit.
XL.
Tu t'es senti passer de gladiateur à copain ?
Maurice.
Si tu te retrouves dans un endroit où tous les gens te
traitent d'enculé et que tu as un caractère comme
le mien, t'y vas, tu mets des coups de boule à tout le
monde. Mon attitude n'a pas changé, ce sont les gens
qui se disent " Bon ben, finalement, ce mec est plutôt
sympa. " Des " je t'encule ", tu en as 5 dans la soirée,
contre 90 il y a deux ans. Si tu me croises dans la rue et que
lu me dis " Eh connard ! ", je risque d'être assez
désagréable avec toi. Si tu reviens deux ans plus
tard et que tu me sors " Eh, Maurice, t'as deux minutes
pour boire un café ? ", je te dis : “ Oui, allons-y.
” Et là, lu me diras : " T'as vachement changé
!" C'est en fonction de ce que je reçois. Je suis le
dernier à jouer la comédie à la radio.
XL.
Quand les mecs venaient chez toi pour se battre, c'était
plus spectaculaire. C'est pas gênant pour l'émission,
que tout le monde soit si gentil ?
Maurice.
Mon fonds de commerce, c'est la discussion. Depuis toujours.
Les affrontements, ça n'apporte rien. C'est moi qui l'ai
montée, cette émission. C'est pas les auditeurs.
Juste pour causer avec des gens, n'importe qui, des riches,
des pauvres, des tout-ce-que-tu-voudras. Certains veulent exploiter
ce côté spectaculaire. Ça ne présente
aucun intérêt. Je pourrais enregistrer des phrases
toutes faites " Qui va là 'te prie ? Qu'est-ce
que lu veux ? Ta gueule ! " et les assistants les balanceraient
au bon moment. Ce qui m'intéresse, c'est d'être
ce que je suis et de proposer aux gens de parler. De leur donner
la possibilité de parler. Pas le droit. Comme quand tu
vas au Club Med. La piscine est là, la bouffe ici et
à telle heure. Toi, tu arrives, tu dis : " Je veux la
piscine ici, et la bouffe quand je veux. " Les mecs te répondent
" Chez nous, monsieur, c'est comme ça. La piscine est
là, la bouffe ici. Vous pouvez ne pas manger, mais on
ne va pas transformer l'endroit pour vous, même si vous
êtes le client. " Si lu paies des impôts locaux
dans cette rue, ton apport est là. Pas ailleurs, là.
Si lu achètes cet appartement, tu ne vas pas dire
" Bien, maintenant qu'il est à moi, cet appartement,
je vais le déplacer. " Non !
En plein milieu d'une phrase, Maurice s'interrompt.
Il est 21 h : il est à la bourre Il va y avoir du blanc
à l'antenne à cause de nous. Il nous propose de
passer le voir à Skyrock un peu plus tard. On a juste
le temps d'aller s'enfiler des pâtes au thon.
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| 17
H 30 " A vous de choisir le film.
" |
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| Le
cinéma. C'est encore une idée à lui, mais
il nous a demandé de choisir le film. On a peur qu'il
ait déjà tout vu. Ou que rien ne le branche. Mais
on dirait qu'il n'a pas mis les pieds au cinéma depuis
"La grande vadrouille". Il accepte toutes nos propositions -
même "Sauvez Willy contre Michael Jackson". On opte pour
"Trainspotting" et ses Ecossais déjantés qui essaient
d'arrêter l'héroïne. Une fois les billets
payés, Maurice est perdu. Il n'y connait rien an ciné.
Il n'a pas l'air de comprendre que la bonne porte, c'est celle
avec le titre du film marqué au-dessus. Dans la minuscule
salle, il choisit le premier rang. On le craignait, le film
enfile plusieurs sketches et ça n'a pas plu à
Maurice. |
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23
H " Ma putain d'émission.
" |
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TROUVE
DANS LA RUE
“ Dans la rue, un mec
m'a dit toi, tu devrais faire de la radio. J'y
suis allé. ” Avant ça ? Il était
étudiant. Mais pour lui faire cracher ce qu'il
étudiait, et dans quelle fac, accroche-toi. Pareil
pour son âge ça fait des années
qu'il dit avoir 21 ans Tu écoutes Maurice
à la radio depuis 6 ans. D'abord sur Ouï
FM, à Paris, ("Maurice, c'est la nuit") puis
sur Sky (Chez Maurice, on cause") depuis 94. Avant ça,
depuis 1983, il s'est baladé 6 ans sur les stations
locales de Radio-France, où il bossait comme
animateur. |
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On
arrive à Skyrock. il n'y a pas grand monde. Gaëlle,
l'une des sélectionneuses nous accueille. Royal. Dans
le studio, autre ambiance. Maurice fait sa putain d'émission
debout, dans une pièce obscure, des baguettes de batteur
à la main Depuis sa table de bord, il contrôle
tout. En face de lui, son réalisateur Lascar et ses assistants.
On ne parle pas tout de suite, alors on écoute un peu.
Au menu : racisme et religion. Maurice est attentif. le plus
souvent, il donne son avis. Parfois, il laisse s'exprimer l'auditeur
sans rien dire. Il lance une chanson de Oneyed Jack et nous
fait comprendre que ça va être à nous. Ici,
ce n'est plus le même Maurice. Il ne sourit plus, il est
concentré, il ne nous met pas à l'aise. Sonia
et Morgane, calées devant d'énormes micros, ont
un peu le trac. Maurice les embrasse (joues et front seulement).
On parle de la journée, des Beatles... Mais le micro,
ça tétanise, c'est bien connu. Tant pis, Maurice
nous aura reçus chez lui en chair et en os.
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| 2 H "
J'aime les gens de la nuit. " |
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Le
Dépanneur, un bar de Pigalle ouvert toute
la nuit. Déco
façon resto chinois, rock et funk, Maurice
adore. On discute encore, il a toujours des trucs
à dire. Passe un fleuriste ambulant calibré
mafioso. Maurice offre des roses à toutes
les filles. Nous raconte comment ce vendeur s'est
enrichi grâce à lui. L'heure tourne,
les verres |
défilent... Morgane
et Sonia scrutent les mecs : qui " est cow-boy " et qui
ne l'est pas ? Maurice parle de nanas... A cinq heures,
le team XL rentre se coucher, Maurice reste. Il embrasse
tout le monde, il a l'air plutôt content de sa journée.
En sortant, on croise sa grosse meule noire, la femme
de sa vie. |
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